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 Honneur et quiproquos

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Arlène
Duc de Broglie
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MessageSujet: Honneur et quiproquos   Mer 14 Oct 2009 - 15:27

Cette vignette répond à un défi de Lona lancé sur le forum de Marine. Voici le défi : André sauve Oscar de l'épée de son père, il demande à mourir avant elle, le Général lève son épée mais le messager n'arrive pas... Que va faire le Général ?

Commentaire sur la fic:ici

*******************

La mise à mort devait s’effectuer. Pour l’honneur de son nom. Pour éviter à sa fille les humiliations d’une arrestation et d’un jugement sommaire, la honte d’une exécution publique. Il le devait, au nom de tous les siens, au nom du sang qui coulait dans ses veines… L’offense à la monarchie était trop grave, elle ne pouvait que se réparer par l’exécution d’Oscar. Et voilà que celui qui devait veiller sur elle venait accomplir trop bien son devoir en arrêtant son bras alors qu’il s’était enfin résolu à frapper !

Et que lui avouait-il ? Qu’il aimait Oscar ? Comment osait-il ? Comment osait-il ? Comment osait-il lui hurler ainsi son amour à la face ? Comme s’il était le seul à aimer Oscar !! Comme si l’amour d’un homme, un domestique qui plus est, pouvait surpasser celui d’un père !!!

Pire !! Il s’offrait comme victime expiatoire, désireux de périr avant celle qu’il aime afin de ne pas assister à sa mort ! Quel lâche !!! Il prétendait l’aimer plus que sa vie, un instant prêt à mourir pour qu’elle soit épargnée, et l’instant d’après mettant servilement genou à terre devant lui, obéissant à la nécessité qu’elle meure, réclamant seulement de mourir avec elle, mais avant elle ! Mais quel infâme lâche !!! Et elle, y avait-il seulement pensé ? Que pouvait éprouver Oscar à voir périr ainsi son compagnon de toujours ? Ô certes, il aurait dû n’être que son valet, mais il était bel et bien son ami. Songeait-il un instant à ce qu’ELLE ressentait ? Le Général ne put retenir un frisson de fureur devant cet homme centré sur un amour si possessif qu’il en oubliait l’être auquel il était destiné. En dépit de son envie d’abattre son épée sur ce cou offert, courageusement, lâchement, orgueilleusement, au mépris de celle qu’il disait aimer, le Général devait savoir.


«Qu’en pensez-vous Oscar ?»


Elle ne répondit pas. Statufiée par la gravité de l’instant, étourdie de surprise d’être encore en vie pour entendre l’aveu d’André puis sa requête, pour savourer cet amour infini qui l’amenait à se sacrifier pour elle, afin d’être unis dans la mort puisqu’ils ne pouvaient l’être dans la vie, elle n’entendait pas.


« OSCAR !!!»


Il lui semblait qu’une voix provenant d’une brume lointaine prononçait son nom, cherchant à l’arracher à la bulle d’amour dans laquelle le geste et les propos d’André l’avaient plongée, faisant rempart de son amour contre tout danger, toute souffrance terrestres.


«OSCAR !!!!»


Il fallait répondre. Elle avait oublié jusqu’à la raison de cette obligation, seule en demeurait la conscience. Elle tenta de mouvoir ses lèvres alourdies de plomb.


«OSCAR !!!!»


Parler. Ses lèvres devaient lui obéir… en vain…


«OSCAR !!! Seriez-vous lâche et offensante au point de ne pas vous donner la peine de répondre ?!!»


Lâche… Offensante… Envers qui ? Pourquoi ? … Elle l’ignorait… Seule comptait le devoir de répondre… C’est au prix d’un effort qui lui sembla démesuré qu’elle parvint à desceller enfin ses lèvres pour laisser jaillir une seule parole.


«Oui.
- A quoi répondez-vous par l’affirmative ? »


La voix dans la brume la plongeait à nouveau dans la perplexité. A quoi répondait-elle ? … Répondre à nouveau. Il fallait répondre à nouveau. Elle le devait. Mais pourquoi le devait-elle ? … Pour qui ? … Répondre ! Vite !! Répondre !!!


«… A l’appel de mon nom.
- DE VOTRE NOM ?! Il est temps de vous en souvenir de votre nom que vous venez de traîner dans la boue de la façon la plus éhontée, en faisant entrer ces… ces… gueux qui…. »


Ces gueux ? Mais lesquels ? De qui parlait cette voix ? Où étaient-ils entrés ? Pourquoi ? …


«OSCAR !!!
- Oui.
- Vous ne m’écoutez pas»


Ne pas écouter. Mais qui ? …


«En vous comportant ainsi, vous vous faites davantage insultante, si cela se peut»


Insultante ? Mais envers qui ?...


«Oscar, répond, je t’en prie»


Cette autre voix provenant de la brume. Se pouvait-il que ce soit celle …


«Oscar, dis quelque chose»


Celle… celle… d’André…. André… Mais pour quelle raison lui demandait-il d’aller vers cette voix impérieuse ? Pourquoi lui demandait-il qu’elle s’arrache à lui, au manteau bienfaisant de son amour ? Ô oui… les Etats Généraux… la salle des Menus Plaisirs… les députés du Tiers-Etat… son arrestation… la convocation de son père, sa sentence, l’entrée d’André, ses révélations, sa requête… SEIGNEUR, SA REQUETE !!! QUEL INSENSE !!!


«NOOOOON !!!»


Ce cri acheva de dissiper la brume qui l’environnait, lui révélant une scène effrayante. Les éclairs zébrant à contre jour son père prêt à abattre son épée sur André qui acceptait la sentence à laquelle il s’était lui-même condamné aiguillonnèrent sa conscience.


Bougre d’âne !!! Etait-ce le moment de mourir ? Alors que l’aube d’un nouveau monde s’apprêtait à poindre, un monde dans lequel l’esprit et le cœur seraient libres. Et elle, avait-elle le droit de mourir ? Au moment où elle découvrait que son amour était partagé. Même s’il ne subsistait qu’une faible lueur d’espoir vacillant sous cet orage diluvien déchirant leur univers de vérité, lavant cœur et âme de toute crainte, elle ne devait pas la laisser s’éteindre. Elle devait lutter pour sa vie, pour leur vie, pour ses hommes injustement emprisonnés, pour contribuer à l’avènement de cette ère nouvelle. Qu’importait le reste !


«Oui, Père, je vous écoute.
- Enfin !!! Que pensez-vous de la requête d’André ?
- Je la considère comme insensée. Il n’a pas à laver une faute que j’ai commise. Contrairement à lui, je n’ai pas à répondre de mes actes devant un maître, j’en suis donc seule responsable. André veut sans doute épargner ma vie comme j’ai épargné la sienne lorsque nous étions adolescents. Il oublie seulement qu’il n’a pas ce pouvoir. Il n’est que mon valet, alors que j’étais son maître.
- Ainsi, vous ne reniez pas les privilèges ?!
- Nullement.
-Mais pourquoi cet acte insensé ?
- Parce que je souhaitais modérer la fureur sans borne de ces … gueux. Je les sais par nature incapables de se dominer. Il m’a donc semblé préférable de les faire entrer. Un noble peut endurer ce qu’un roturier ne peut supporter. C’est sur cette supériorité qu’est basée notre différence.
- Enfin Oscar ! Vous déraisonnez ! Vous avez ensuite empêché la garde royale de faire évacuer la salle par la force ! Expliquez-vous !
- Oh… oui… Je… Et bien, c’est évident, Père. En laissant ces manants croire qu’ils peuvent gagner une bataille ridicule, il est nettement plus aisé de les amener à baisser leur garde et donc à perdre la guerre. Je n’ai pas agi contre la monarchie, mais pour elle.
- Mais les propos que vous m’opposiez tout à l’heure ?!
- … Une simple provocation stupide de ma part… J’ai toujours aimé m’opposer à vous, pour le plaisir de la lutte. J’ai agi stupidement. Je n’ai pas mesuré les conséquences de mes paroles. Je n’ai jamais pensé de telles choses. Ce serait déraisonner, déchoir et déshonorer notre nom.
- Oscar ! Ne me dis pas que tu le penses !
- Mais bien sur que si mon pauvre André. Si nous n’avions pas été compagnons d’armes dans notre enfance, sans doute même amis, je te dirais que tu es pathétique, clamant ton misérable amour en échange de ma vie, espérant détourner le courroux de Père sur toi. Tu es stupide. Jamais la vie d’un roturier ne vaudra celle d’un noble. Allons relève-toi. Cette sinistre comédie n’a que trop duré. N’êtes-vous pas de mon avis, Père ? Demain, dès l’aube, je demanderai audience à Versailles afin d’expliquer ma conduite. Je comprends aisément qu’elle ait été mal comprise en ces temps de tourmentes où tant de nobles piétinent leur condition, espérant gagner une quelconque récompense, se comportant comme de sinistres mendiants… »


Le Général abaissa enfin son épée et fit signe à André de se relever. Oscar n’avait pas trahi la monarchie, elle avait commis une simple erreur de jeunesse en croyant perpétrer la mission de leur famille. Et après tout, son idée n’était pas si mauvaise… Quant à son valet, il ne faisait que contempler les étoiles d’un peu trop près… Les propos de sa fille suffisaient à forcer son cœur à reprendre sa place de laquais.


André se leva sans un regard pour Oscar ou pour son père. Si l’épée du Général l’avait épargné, le tranchant des paroles d’Oscar venait d’annihiler son cœur et son honneur. Même lui avait le droit d’aimer…. Et cette Oscar qu’il découvrait !!! Comment avait-il pu être dupe à ce point ?


Oscar fit mine de sortir, songeant qu’elle expliquerait sa conduite à André, qu’elle lui révélerait ses sentiments, qu’elle…


Un coup de feu avait retenti. Une balle venait de lui transpercer le cœur. Elle s’écroula, incrédule, en découvrant la main qui tenait l’arme. Celle d’André. Il venait de l’abattre… Avant de sombrer, Oscar entendit un second coup de feu. Il était adressé au Général. Elle n’entendit pas le troisième : celui qu’André se destinait…


Dans le murmure du soir, seul le vent emporte telle une triste complainte...ce qui demeure après le drame : l'odeur de la poudre mêlée au sang qui coule...pour venir témoigner du drame des amants immolés au bûcher de l'amour incompris...


FIN


******
PS : -La dernière phrase est un cadeau de Rosette que je remercie. J'ai juste ajouté le dernier mot.
-Et non, pour une fois, pas de happy-end... Pour les mouchoirs, adressez-vous à Rosalie, elle en a toujours tout un stock lol!
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